DOSSIER
New Security Magazine 146 – avril 2018
De l’importance d’une marge de sécurité positive
Par une matinée brumeuse de mai, dans le port... Pareil à un voile, un brouillard épais s’accroche au quai et aux toits des centaines de voitures garées en rangées le long des blocs d’immeubles du New Jersey. Quatre-vingt-dix secondes après que le garde de sécurité de la brigade canine est passé avec son chien, quatre hommes masqués pénètrent dans l’enceinte. À l’aide de ciseaux métalliques, ils découpent habilement la clôture en treillis métallique sur deux côtés, créant ainsi un large passage. Et tandis que le quatuor est à l’œuvre, leurs huit comparses sont prêts à poser deux épaisses plaques de bois – munies de quatre poignées chacune – sur les blocs de béton bas mais ancrés. Un peu plus tard, douze voitures neuves traversent ce pont improvisé pour disparaître dans la clarté matinale.
Un modus operandi créatif
Le vol s’est déroulé en moins d’un quart d’heure et les caméras de sécurité n’ont enregistré que des images floues. L’analyse a posteriori a montré que les auteurs, en plus d’être très bien préparés, avaient également découvert les maillons faibles du système de sécurité. Grâce à une planification et à une reconnaissance méticuleuses, à des informations internes (« les clés de la voiture sont dans la portière »), et à la patience d’attendre un épais brouillard pour intervenir, ils ont réussi leur coup. En utilisant des dispositifs anti-pistage (illégaux) – appelés brouilleurs de GPS – et de fausses plaques d’immatriculation, ils sont parvenus à conduire les véhicules sans encombre jusqu’à un entrepôt, pour les y désosser et vendre ensuite les pièces détachées sur le marché noir.
PECF contre ALRE
Dans notre scénario, la Planification, l’Effraction, la Collecte du butin et la Fuite ont été autant d’éléments fatals pour l’ALarme et la REaction. C’est pourquoi on comprend qu’une marge de sécurité positive est de la plus haute importance. La planification d’un méfait peut prendre des mois, mais en détectant une effraction le plus tôt possible, de préférence avant que la barrière physique n’ait été franchie, il sera toujours possible d’intervenir à temps.
Prévenir vaut mieux que guérir
Bien que ce soit très difficile, l’idéal reste de prédire un délit ; c’est pourquoi il faut intervenir au stade de la planification. Il est ainsi possible d’empêcher des attentats terroristes grâce à des informations provenant de la VSSE (Sûreté de l’État – Veiligheid van de Staat), à un lapsus d’un complice ou encore à un post négligent sur Facebook. Une fois les soupçons confirmés, il est important de prévenir l’attaque ou d’intervenir le plus rapidement possible... Et c’est exactement la même chose pour un cambriolage.
Mieux sensibiliser à la sécurité
Dans certains cas, la vigilance sur le site peut permettre la détection précoce d’un projet de cambriolage. Si le personnel et l’agent de sécurité sont constamment attentifs aux inconnus ou aux agissements suspects, les chances de les contrecarrer augmentent considérablement. Cette attitude aurait peut-être permis d’éviter le vol décrit au début de cet article. Et en protégeant le périmètre à l’aide de systèmes intelligents, au lieu de faire patrouiller un agent de sécurité privé et son chien, le vol aurait été immédiatement détecté.
Systèmes inviolables
Une meilleure configuration pour le terminal automobile aurait consisté à surveiller le périmètre à l’aide de caméras thermiques reliées à un logiciel vidéo intelligent (règle : détection de personnes dans une zone). Pour garantir une détection même dans des conditions météorologiques difficiles et par un brouillard dense, il est conseillé de ne pas placer les caméras trop loin les unes des autres. Mais d’autres systèmes de sécurité, toujours reliés à une vérification par vidéosurveillance, pourraient également être envisagés, comme la détection au sol par GPS ou SISMA CP.
La théorie PECF-ALRE à l’épreuve
La figure ci-dessus montre un intervalle de temps par phase durant un cambriolage. Dans les deux premiers cas, l’ALerte et la REaction sont trop tardives, parce que le butin s’est envolé et que les voleurs ont pris la fuite. Ce n’est qu’en introduisant des mesures de ralentissement que l’on pourra gagner le temps nécessaire pour prendre les voleurs sur le fait. Il va de soi qu’un concept de sécurité digne de ce nom dépend du temps d’intervention d’un agent de sécurité mobile et/ou de la police locale.
Mesures architecturales et physiques de ralentissement
Voici quelques exemples de mesures anti-cambriolage et de ralentissement, mises en œuvre de l’extérieur vers l’intérieur :
- clôture – détection – clôture ;
- vitrage ordinaire – détection – vitrage anti-effraction ;
- vitrage ordinaire – détection – barreaux ;
- vitrage ordinaire – détection – volet déroulant*;
- vitrage ordinaire – détection – borne anti-voiture bélier* (dans l’étalage et non sur le trottoir) ;
- ralentisseur – détection – roadblock automatique ;
- coffre-fort équipé d’un mécanisme de détection et d’une serrure à minuterie, l’ouverture étant indépendante du propriétaire.
Les bijoutiers choisiront de préférence une entrée de type sas, comme on en trouve dans les agences bancaires. Et s’il est impossible d’arrêter les voleurs, une compartimentation intelligente ou un générateur de fumée compliqueront la collecte du butin. Il peut aussi être judicieux de raccorder l’éclairage intérieur au système anti-cambriolage (et non l’inverse, pour des raisons logiques).
Pour des raisons esthétiques, il est préférable d’avoir une borne anti-voiture bélier escamotable pendant les heures d’ouverture ; il en va de même pour le volet déroulant.
Mesures de retard organisationnelles : anticipation créative sans coût supplémentaire.
Outre les mesures physiques et électroniques supplémentaires, qui peuvent vraiment faire la différence avant et pendant un cambriolage, les mesures organisationnelles sont également très importantes. Une fois les procédures d’intervention en cas d’alarme mises en place et dûment testées, des actions simples spécifiques à l’entreprise peuvent parfois faire la différence. Prenons par exemple un commerce de luxe, comme une maroquinerie ou un magasin de fourrures, particulièrement exposés aux cambriolages. En plus de la protection des articles indispensable contre le vol à l’étalage, il est recommandé de disposer les portemanteaux auxquels sont accrochées les vestes coûteuses en quinconce dans le rayon. Ainsi, en cas de cambriolage, le voleur sera dans l’incapacité de sortir tous les vêtements du rayon en une seule fois.
Trucs & astuces : pas de théorie mais empirique
Une politique de type clean desk aura également un effet ralentisseur en cas d’effraction. Une sécurité cohérente, testée régulièrement et ajustée à l’avenant, est la meilleure garantie d’avoir une longueur d’avance sur le cambrioleur (organisé). Les braquages à main armée constituent une exception, car dans ces cas de figure, seule la police peut opposer une résistance légale. Néanmoins, afin de maintenir le plan de sécurité à jour, il est important d’avoir un groupe de réflexion interne. L’objectif collectif est de mettre en place un plan de sécurité amélioré lors des réunions périodiques au cours desquelles le personnel de sécurité évalue les mesures actuelles. Sans constituer une garantie anti-cambriolage, cela permet d’avoir la certitude que le criminel et ses complices auront du fil à retordre et, peut-être, qu’une reconnaissance des lieux suffira à les dissuader. Une non-infraction n’est pas mesurable, sauf au niveau de la police d’assurance anti-vol qui sera pas non pas augmentée, mais seulement indexée.
Cet article a été rédigé avec le plus grand soin et son contenu a fait l’objet d’un double contrôle. La rédaction n’est pas responsable des dommages pouvant résulter des informations fournies, et décline toute responsabilité pour tout préjudice résultant de décisions techniques prises sur la base de cet article.
Par Philip Vandenbon



