REPORTAGE
New Security Magazine 151 – août 2019
La technologie permet d’intervenir avant qu’un incident ne dégénère
En étant prudent, on peut prévenir les problèmes et les accidents. Et sur le plan de la sécurité il n’en va d’ailleurs pas autrement. Il vaut mieux étouffer un incident dans l’œuf que d’attendre qu’il ne dégénère. C’était également l’avis qui prévalait à Eindhoven il y a quelques années. Dans la zone de loisirs Stratumseind de cette ville des Pays-Bas, il y avait, la nuit, des bagarres et autres incidents. Aujourd’hui les choses vont mieux, grâce à une technologie très avancée.
En 2012, la situation dans ce quartier populaire de divertissement était si grave que l’option de le raser avait été sérieusement envisagée. Cela n’a heureusement pas été le cas, mais il a fallu s’attaquer de manière inéluctable à l’insécurité du secteur. Et ce, non pas en engageant davantage de videurs et d’agents de police, mais en mettant en œuvre une technologie intelligente. Un consortium a été créé sous la direction de l’entreprise de technologie Atos dans le but de développer un système capable de prédire les incidents. Le projet répond au nom de CityPulse et a été mis en œuvre grâce à un partenariat entre le Dutch Institute of Safety & Security (Institut néerlandais de la sécurité) et le fabricant de puces électroniques Intel.
Comportement inhabituel
On a procédé, en 2015, à l’installation des premiers capteurs ; ceux-ci ont notamment permis de mesurer l’agitation, le bruit, le comportement inhabituel et la température. D’autres capteurs y ont rapidement été ajoutés afin d’obtenir des mesures de plus en plus précises et sans cesse davantage de données volumineuses (big data). Même la quantité de boissons alcoolisées vendues est mesurée. Cela a fait apparaître progressivement les différentes situations qui précèdent généralement les incidents. Lorsqu’une telle situation se produit aujourd’hui, les gardes de sécurité et la police sont immédiatement alertés afin de pouvoir intervenir avant que la situation ne dégénère, par exemple avant que d’autres ne s’en mêlent.
Le projet est soutenu par la commune d’Eindhoven. Ceci, parce, bien entendu, elle désire avoir une zone de loisirs plus sûre, mais aussi parce que les gens aiment voir les autorités et les acteurs de la vie économique collaborer à rendre les espaces publics plus sûrs. Ces derniers peuvent alors être utilisés pour développer des idées innovantes, telles que CityPulse, qui a fait de la zone de loisirs de Stratumseind un « laboratoire vivant ». Et c’est tout. La commune n’a rien payé pour le projet. Les entreprises concernées l’ont financé sur leur budget R&D.
Un effet apaisant
Actuellement, le système est parfaitement en mesure de prendre le pouls du public. À cette fin, il analyse non seulement les sons, mais il lit aussi automatiquement les messages échangés via les réseaux sociaux. À partir de certains choix de mots, et sur la base de recherches approfondies, il est possible de prédire des troubles et déployer le personnel de sécurité préventivement. Dans le même temps, la couleur et l’intensité de l’éclairage public sont modifiés très progressivement, parce que les recherches ont montré que cela avait un effet apaisant. Pour des raisons de respect de la vie privée, il n’est pas immédiatement déterminé d’où proviennent les messages de menace. Les conversations ne sont pas non plus écoutées grâce aux microphones et les personnes ne sont pas enregistrées sur vidéo de façon reconnaissable ni identifiées automatiquement par les caméras. Il s’agit uniquement d’analyser les schémas d’agitation et de mouvements. Les agents de sécurité devront déterminer via les caméras ou sur place si la menace est réelle et qui peut en être considéré comme la cause. Ce dernier ne peut pas toujours être appréhendé. Et certainement pas lorsque rien de répréhensible ne s’est encore produit. Mais le fait de suivre quelqu’un de façon gênante est en règle générale suffisant pour le dissuader de mauvaises intentions.
Processus d’apprentissage
CityPulse n’est pas une boîte magique que l’on peut installer dans n’importe quelle zone de divertissement. Cela peut prendre plusieurs années avant qu’il y ait suffisamment de données collectées pour faire fonctionner correctement les algorithmes. À chaque projet, le processus d’apprentissage recommence, bien que l’expérience acquise contribue à en accélérer la mise en œuvre. Néanmoins, cela reste un travail de spécialiste que d’utiliser efficacement cette technologie de haute qualité. Et en plus un travail onéreux, que l’on ne peut pas facilement répéter si des fonds ne sont pas mis à disposition par des parties intéressées. Les tenanciers de cafés, par exemple, pourraient être mis à contribution. C’est en définitive eux qui bénéficient le plus de la sécurité d’une zone de loisirs. Un plus grand nombre de personnes au budget de dépenses plus important s’y rendront s’il n’y a que peu de risque qu’elles soient victimes d’un vol ou d’une maltraitance.
Aspects juridiques
La technologie seule ne suffit pas à résoudre les problèmes. Il s’agit toujours d’un mélange de technologie et d’humain. Les aspects juridiques doivent également être dûment pris en compte dans un projet tel que CityPulse. Protège-t-on suffisamment la vie privée des personnes contre lesquelles il n’y a pas de suspicion ? Où s’arrête le domaine public et où commence le domaine privé ? Eindhoven constituait également un cas type dans ce domaine. Ensuite il y a bien sûr à tenir compte du coût. Grâce à la contribution des entreprises participantes, la municipalité d’Eindhoven n’a pas eu à payer pour le système ni pour son développement, alors que de nombreuses heures de recherche y avaient été investies. Pour les projets futurs, un budget devra bien sûr être disponible, que ce soit au niveau de la municipalité ou des entrepreneurs qui bénéficieront de cette sécurité accrue.
Se sentir bien
Stratumseind n’est bien sûr pas un cas unique parmi les villes intelligentes. Une telle technologie est expérimentée dans le monde entier, bien qu’il s’agisse plus souvent de gérer la qualité de vie dans la ville que de sécurité. Bien sûr, ces deux notions sont fortement interpénétrées, mais cela peut quand même faire toute la différence s’il s’agit d’un projet de répartition équilibrée de la circulation dans la ville, ou bien de prévention de la criminalité. Ces deux disciplines ont, en tout cas, beaucoup à apprendre l’une de l’autre. C’est aussi ce qui a motivé Atos et Intel à lancer CityPulse. Les connaissances acquises peuvent être utilisées pour la sécurité dans les lieux de divertissement, mais certainement aussi pour d’autres applications. Une zone commerciale peut, par exemple, être rendue plus attrayante en jouant sur l’éclairage et l’ambiance sonore. Il est également possible de diffuser des odeurs. Si les gens se sentent à l’aise quelque part, ils reviendront non seulement plus vite et plus souvent, mais ils resteront plus longtemps et seront tentés plus rapidement d’acheter quelque chose ou d’aller s’asseoir sur une terrasse. La sécurité ne sert pas seulement à prévenir ou combattre la criminalité. Elle augmente aussi le bien-être des gens. Par conséquent, ce ne peut être seulement une question de coût, et les avantages ne se limitent pas non plus à la réduction des risques. Un sentiment de sécurité peut sans nul doute contribuer, de façon directe, à l’augmentation du chiffre d’affaires des gérants d’une zone commerciale ou de loisirs. C’est ce qu’a démontré en tout cas CityPulse à Eindhoven. Personne ne se risquera plus à proposer de raser Stratumseind.



