EVÉNEMENTS  
New Security Magazine 147 – août 2018

Les évolutions sociales placent les professionnels du secteur HSE face à de sérieux défis

Lors de la septième édition de HSEWorld, organisé par Wolters Kluwers, « Ready for the future » était un thème récurrent des présentations. Bilan : de nombreux défis intéressants attendent les responsables HSE (Hygiène, Sécurité & Environnement). Nous avons choisi deux sessions : la première portait sur les résultats de l’enquête TrendCatcher ; la seconde, sur les différences et les similitudes entre sécurité et sûreté.

David Metcalfe, PDG du bureau d’études Verdantix, est récemment venu présenter les résultats de l’enquête TrendCatcher. Cette étude réalisée fin 2017 portait sur la manière dont les entreprises belges et leurs professionnels HSE font face aux évolutions du secteur. Une comparaison avec d’autres pays européens offre des vues particulièrement intéressantes sur la question. Les innovations technologiques récentes, et notamment les capteurs, l’utilisation du cloud et les drones, sont particulièrement présentes. On constate souvent une certaine réticence à adopter ces innovations d’entrée de jeu, mais David Metcalfe a immédiatement remis les pendules à l’heure pour son public en évoquant un exemple percutant : « L’an dernier à Londres, un train de voyageurs a déraillé dans une courbe. Le conducteur, trop fatigué, s’était endormi, et a pris le virage trop vite. Résultat : sept morts. Après l’accident, l’opérateur ferroviaire a décidé de mettre en œuvre des mesures préventives. Un système infrarouge surveille désormais la vigilance du conducteur, et lorsque celle-ci baisse sous un niveau critique, une alarme sonore retentit, tandis qu’une forte secousse est imprimée au siège du conducteur. Que pouvons-nous retenir de tout ceci ? Si la technologie disponible avait été utilisée plus tôt, les sept victimes ne seraient pas décédées. Comprendre l’importance de la mise en œuvre des innovations peut donc littéralement sauver des vies. »

Malheureusement, les chiffres de l’étude montrent qu’en ce qui concerne l’adoption des nouvelles technologies, la Belgique est à la traîne par rapport aux résultats globaux. Plusieurs exemples tirés de l’enquête viennent étayer cette conclusion. 14% seulement des HSE belges considèrent la technologie comme un élément essentiel de leur travail, pas moins de 41 % adoptent une attitude attentiste, et 18% la dédaignent même totalement. À l’échelle mondiale, ils sont 35% à considérer la technologie comme essentielle, et 3% seulement à la rejeter en bloc. De plus, seuls 9% des professionnels HSE belges ont une stratégie en matière de technologie. « Les budgets HSE sont également plus limités chez vous », poursuit David Metcalfe. « Audits, conférences, conseils, achat d’EPI : tout cela représente pas mal de dépenses. Et voici que toutes ces innovations nous parviennent, par exemple des vêtements intégrant des capteurs intelligents et des applications mobiles qui peuvent, par exemple, permettre de mener des inspections de sécurité à bonne fin. L’utilisation du nuage informatique est également en hausse dans le monde entier, et est acceptée. Mais en Belgique, on se méfie davantage de ces avancées », note Metcalfe.

Sécurité et sûreté

Autre contribution appréciée à HSEWorld : celle de Marlies Sas, chercheuse à l’Université d’Anvers, qui attire notre attention sur la différence entre sécurité et sûreté, deux domaines importants qui présentent de nombreuses similitudes, mais aussi des différences notables. Les attaques contre les bâtiments du WTC en 2001 ont approximativement marqué le moment à partir duquel la sécurité est devenue une préoccupation plus prépondérante. Les attaques plus récentes qui ont frappé notre pays, ainsi que l’attention accrue accordée aux cybermenaces, signifient également que la sécurité occupe une place importante dans la politique de sécurité. « Malheureusement, les deux aspects ne sont pas toujours en ligne l’un avec l’autre », précise Marlies Sas. « Au contraire : ils sont parfois diamétralement opposés. »

Les caractéristiques sous-jacentes de la sûreté et de la sécurité montrent clairement qu’il s’agit de deux concepts différents (voir tableau). Par exemple, un incident lié à la sûreté n’est jamais de nature intentionnelle, contrairement à un incident impliquant la sécurité. Il n’y a pas d’agresseur dans le cas de la sûreté, mais bien dans le cas de la sécurité. Troisième différence : l’évaluation des risques. Lorsqu’il s’agit de sûreté, la probabilité d’un incident peut s’évaluer. C’est beaucoup plus difficile dans le domaine de la sécurité.

« Un simple exemple permet de mieux illustrer la différence entre les deux concepts. Supposons que dans une usine chimique, on trouve deux réservoirs côte à côte ; l’un contient un produit inoffensif et l’autre une substance à haut risque. Si l’on utilise un autocollant pour indiquer clairement quel réservoir contient la substance dangereuse, ce sera un avantage important pour les employés en termes de sécurité, mais cela pourra aider des personnes malintentionnées à causer plus de dégâts. La mise en œuvre des mesures doit donc tenir compte de leur impact aux deux niveaux. »

Des concepts qui convergent

Une évolution importante dans la relation entre sûreté et sécurité est le fait qu’elles semblent se rapprocher l’une de l’autre. On constate aussi qu’il existe de plus en plus de terrains communs et de chevauchements entre les exigences des normes et les lois relatives aux deux domaines. Il n’est donc pas toujours facile de faire la différence. En tant que responsable HSE, comment faire face à cette situation ? Une approche intégrée semble appropriée. Voici quelques conseils utiles. Le recours à des canaux de communication, plans d’action, indicateurs de performance et procédures uniformes permet aux employés de mieux s’y retrouver. Une politique n’est optimale que lorsque la direction et les employés sont conscients des risques et des stratégies d’action. Le facteur humain doit également être pris en compte en introduisant des mesures technologiques et organisationnelles. La sensibilisation à la mise en œuvre est plus que nécessaire. La combinaison d’une approche proactive et réactive fonctionne bien : les mesures proactives augmentent le niveau de sécurité parce qu’elles permettent de garder une longueur d’avance sur les incidents possibles ; les actions réactives, d’autre part, fournissent un retour d’information sur les incidents et permettent de mieux contrôler certains aspects.

Par Sammy Soetaert

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