ACA  
New Security Magazine 174 – juillet 2025

Plus de données, moins de fausses alarmes

L’UGent et l’ACA plaident en faveur d’une digitalisation réfléchie

Plusieurs conclusions d’une étude récente réalisée par l’UGent montrent qu’il y a encore une marge d’amélioration dans l’échange d’informations entre les centrales d’alarme et les services de police. « Optimiser la collaboration notamment par une digitalisation réfléchie pourrait renforcer l’ensemble de la chaîne. Certaines opportunités sont évidentes, tant pour les décideurs politiques que pour la police/les services d’urgence », déclarent la chercheuse Amandine Vanscheewijck (UGent) et Pieter Debersaques (président de l’association des centrales d’alarme ACA).

Par Bart Vancauwenberghe

Amandine Vanscheeuwijck est criminologue à l’Université de Gand et doctorante à l’IRCP. Les recherches qu’elle a menées avec Elias Van der Hoeven, Pieter Leloup et Marc Cools sur le fonctionnement des centrales d’alarme et la collaboration avec la police sont une première en Belgique. Il en ressort une analyse approfondie et des recommandations pour optimiser les partenariats publics-privés.

Les fausses alarmes peuvent avoir de nombreuses causes. Il peut s’agir de systèmes installés de manière non professionnelle (comme les systèmes DIY), de manipulations incorrectes par les utilisateurs voire de malentendus dans le suivi des alarmes. Une chose est sûre : une vérification rigoureuse et précise des notifications d’alarmes est essentielle pour garantir l’intégrité et la qualité de l’ensemble de la chaîne de sécurité. Elle évite que des notifications erronées n’entraînent des actions inappropriées.

Peu de sanctions

D’après la loi, les auteurs de fausses alarmes doivent être sanctionnés. « Les petites zones de police appliquent rarement la règle car il leur est difficile de punir des gens signalant un incident et ayant peur pour leur sécurité à ce moment-là. De nombreuses grandes zones de police ne dressent pas non plus de procès-verbal », indique Amandine dans son étude.

Il existe donc peu d’informations sur le nombre de ‘véritables’ fausses alarmes, ce qui complique l’évaluation de la procédure. « Les centrales d’alarme ne reçoivent aucun retour d’information sur la véracité des notifications d’alarme qu’elles transmettent », ajoute Pieter Debersaques. « Quoi qu’il en soit, elles forment un filtre considérable : sur les 4,4 millions (chiffres ACA de 2023) de notifications d’intrusion reçues chaque année, elles en transmettent moins de 1% (40.000) à la police, après une vérification approfondie. Il serait donc très utile de pouvoir échanger les alarmes vérifiées par voie digitale afin que les centrales d’alarme et les services de police puissent organiser leurs services plus efficacement sur la base d’une analyse approfondie des informations échangées. »

« Les nouvelles technologies peuvent rendre les méthodes de vérification légales actuelles plus efficientes. »

Vérification

L’enquête a analysé 96 procès-verbaux (pv). « Il en ressort que 86,5% des notifications ont eu lieu via une centrale d’alarme. À peine 18,7% des pv précisent la manière dont une notification a été vérifiée. Dans près de la moitié des cas, la cause du déclenchement de l’alarme reste floue. « Cela s’explique en partie par le fait que la police n’est pas très familiarisée avec les méthodes de vérification et l’obligation de les consigner dans un procès-verbal. Le manque de transparence entrave le fonctionnement de la police mais aussi le contrôle de qualité au sein même des centrales d’alarmes. Il faut dès lors simplifier et clarifier les codes de vérification actuels de l’Arrêté Ministériel (AM) de 2010 car ils prêtent à confusion et sont rarement utilisés par les services de police », ajoute Amandine Vanscheeuwijck.

Selon elle et Pieter Debersaques, la solution réside notamment dans un échange digital. « On peut citer FOCUS comme bon exemple, une application développée par la zone de police locale d’Anvers qui regroupe plusieurs sources de données et les rend accessibles sur mobile pour les patrouilles. Via FOCUS, les agents traitent les informations plus rapidement et précisément et accomplissent leurs tâches administratives sur le terrain. L’objectif est de déployer FOCUS dans toutes les zones de police locale afin que la patrouille la plus proche d’un incident puisse suivre la notification d’alarme. »

Pieter Debersaques préconise un accès unilatéral des centrales d’alarme à cette application lors de son déploiement national. « Si les centrales d’alarmes pouvaient fournir des notifications vérifiées à FOCUS, on pourrait faire d’une pierre trois coups : vous résolvez les malentendus potentiels liés aux communications téléphoniques entre les CIC (Centres d’Information et de Communication, ndlr) et les centrales d’alarmes, vous augmentez/accélérez l’interaction et vous transmettez de l’information supplémentaire aux services d’intervention. »

Législation plus actuelle

Par ailleurs, tous deux plaident pour une réforme urgente du cadre légal. Amandine: « En appliquant les nouvelles technologies, nous pourrions simplifier les méthodes de vérification légales actuelles mais aussi et surtout les rendre plus efficaces. Parallèlement, la réintroduction de la déduction fiscale pour les systèmes d’alarme surveillés pourrait constituer un puissant instrument pour connecter davantage de systèmes d’alarme aux centrales d’alarme, réduisant encore le nombre de fausses alarmes. Pieter poursuit : « Idéalement, les alarmes incendie seraient également soumises à la réglementation. La connexion obligatoire des alarmes incendie aux centrales d’alarme permettrait aussi de réduire considérablement le nombre de fausses alarmes. Les fausses alarmes incendie entraînent des coûts considérables pour la société. Plus dangereux encore, des ressources, du personnel et du matériel sont affectés à des fausses alarmes, ce qui peut compromettre leur disponibilité en cas d’alarmes réelles. »

Amandine Vanscheewijck et Pieter Debersaques soulignent également le rôle positif joué par les pouvoirs publics dans le passé. « La législation a déjà conduit à un assainissement en profondeur du marché, permettant à la Belgique de se positionner comme un précurseur dans la professionnalisation du secteur. Le renforcement et l’optimisation de la législation, en tenant compte des technologies de pointe disponibles, constitueraient un grand pas en avant. »