PROJET
New Security Magazine 165 – février 2023
La technologie du tunnel sous la Manche pour lutter contre l’intrusion sur les voies
Le 20 décembre 2022, un nouveau chapitre s’est ouvert dans la lutte contre l’intrusion sur les voies ferrées. À l’entrée sud du tunnel de la liaison Nord-Sud – le point le plus fréquenté du réseau ferroviaire belge et le second tunnel ferroviaire le plus fréquenté au monde – Infrabel a placé un système de détection similaire à celui utilisé dans le tunnel sous la Manche. Ce système de surveillance avancé émet un quadrillage de rayons infrarouges et détecte toute personne entrant dans le tunnel. Ce système a un double objectif : éviter les accidents de personnes et garantir au maximum la ponctualité du trafic ferroviaire. À court terme, des solutions similaires seront installées à d’autres endroits clés du réseau ferroviaire belge.
Bruxelles-Chapelle se trouve à l’entrée sud de la liaison Nord-Sud. C’est l’un des 49 hotspots dans l’intrusion sur les voies en Belgique. « En moyenne, on enregistre ici 18 cas d’intrusion (ou tentatives) sur les voies », déclare Thomas Baeken, porte-parole d’Infrabel. « Cela nuit au bon fonctionnement du trafic ferroviaire. Chaque jour, 1.200 trains empruntent la liaison Nord-Sud. Quand une personne essaie d’entrer dans le tunnel, elle met sa vie en danger et cela a un impact considérable sur la régularité du trafic ferroviaire. En 2021, 591 cas d’intrusion ont été enregistrés sur l’ensemble du réseau (contre 614 en 2020). Tous ces incidents se sont produits dans les 49 hotspots identifiés par Infrabel. En 2021, cinq personnes sont décédées après avoir circulé sur les voies ou aux abords. En 2021, les intrus ont causé près de 5 heures de retard par jour. Ils risquent une amende de €300 portée à €500 en cas de récidive. »
Une solution combinée
Le gestionnaire de l’infrastructure cherche donc à protéger ces zones avec des solutions innovantes pour décourager les intrus. Il a déployé la même technologie que celle utilisée pour sécuriser le tunnel sous la Manche. Il s’agit d’un système de détection qui fonctionne avec des rayons infrarouges. Par ailleurs, des clôtures intelligentes ont été posées pour détecter les personnes qui les enjambent ou les détruisent.
« A l’entrée sud du tunnel de la liaison Nord-Sud, nous avons placé une combinaison de huit colonnes infrarouges actives Sorhea Maxiris et des câbles détecteurs Sorhea GFENCE», explique Wouter Carrette, product manager intrusion chez RAS/AIS. « La réalisation a eu lieu en collaboration avec Fichet Security Solutions Belgium. Le système se compose de deux colonnes de 4 m de haut chacune. Entre ces deux poteaux, 12 rayons infrarouges tissent un quadrillage horizontal invisible à l’œil nu. En tout, il y a huit colonnes réparties sur les trois pertuis de tunnel. Le système est conçu de manière telle qu’aucune alarme ne se déclenche quand un train traverse le quadrillage, mais c’est le cas lors d’une détection humaine. »
Brussels Control Room
« Chaque pertuis de tunnel est équipé de deux caméras qui sont couplées au système infrarouge. Les six caméras sont placées à 50 mètres dans le tunnel et orientées vers l’extérieur. Quand une personne est détectée, une alarme est déclenchée et les images des caméras peuvent être visualisées via un système de gestion des bâtiments. Les agents de sécurité de la Brussels Control Room peuvent voir à tout moment ce qu’il se passe et s’il faut prendre des mesures appropriées. Cette détection et une intervention rapide permettent de limiter l’impact sur la ponctualité du trafic ferroviaire. Mais il est intéressant de mentionner la manière dont nous avons placé l’installation. Il était hors de question de perturber le trafic. Ce qui est logique car il serait absurde de retarder ou de supprimer des trains pour placer une installation permettant d’améliorer la ponctualité du trafic ferroviaire. Avec l’entreprise d’installation, nous avons donc travaillé sur les rails durant plusieurs nuits entre 23h30 et 04h pour installer le matériel et lancer la mise en service. Ce ne fut pas une sinécure mais grâce à une bonne préparation et une collaboration optimale, tout s’est parfaitement bien déroulé. »
« Ce n’est pas la première mesure que nous prenons pour améliorer la ponctualité de la liaison Nord-Sud », poursuit Thomas Baeken. « Une autre mesure a consisté à maçonner les ouvertures entre les trois tunnels – un tunnel pour deux voies. Quand on sait dans quel tunnel des intrus sont signalés, il ne faut alors arrêter qu’un tiers de la capacité alors que jadis tout le trafic ferroviaire était interrompu. Mais fermer deux des six voies a aussi un impact quand on sait que Bruxelles-Sud a 22 quais de gare et Bruxelles-Nord 12. »
Au total, Infrabel a investi € 170.000 dans cette technologie qui a prouvé son utilité dans le tunnel sous la Manche et maintenant aussi à Bruxelles. Le système sera prochainement déployé dans d’autres endroits clés du réseau ferroviaire belge, comme à l’entrée nord du tunnel de la liaison Nord-Sud, le tunnel Schuman-Josaphat, la liaison ferroviaire sous la gare d’Anvers-Central et le tunnel de Soumagne (ligne à grande vitesse Bruxelles-Allemagne).
Câbles détecteurs GFENCE
Parallèlement à la technologie infrarouge, Infrabel a installé une clôture intelligente des deux côtés de la gare de Bruxelles-Chapelle. Wouter Carrette: « Ces grillages de 2,5 m de haut sont équipés de détecteurs de mouvement spéciaux. Si une personne essaie de les enjamber pour accéder aux voies, les capteurs enregistrent les chocs et deux caméras à 360° filment la scène. Les capteurs de mouvement sont placés tous les quelques mètres. Ils possèdent plusieurs paramètres réglables pour ajuster la sensibilité de détection. Les caméras sont positionnées stratégiquement sur des poteaux en hauteur. Un avertissement est également émis à la Brussels Control Room où les opérateurs peuvent évaluer la situation en temps réel et prendre des mesures. » La clôture intelligente a nécessité un investissement de près de € 200.000. De telles clôtures ont déjà été placées à Jambes en 2019 et à Courtrai en 2021 et elles ont montré leur efficacité.
« Ce projet est une belle preuve de ce que RAS/AIS est capable de réaliser », conclut Wouter Carrette. « Nous sommes plus qu’un simple distributeur de matériel de sécurité électronique pour nos partenaires – les entreprises d’installation, les particuliers, les entreprises, les institutions publiques – en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg. Nous soutenons nos clients avec des conseils et des actes. À cet égard, nous pouvons compter sur notre organisation performante et l’infrastructure utile, les services logistiques, les capacités techniques, les qualités commerciales et orientées clients et bien entendu la RAS/AIS Academy pour les formations théoriques et pratiques. »
Par Rudy Gunst









