REPORTAGE  
New Security Magazine 149 – février 2019

Bosch mise sur les systèmes intelligents

L’intelligence artificielle : facteur de croissance pour les solutions connectées

La numérisation dans les bâtiments se déroule à un rythme élevé : tel est le message délivré lors de la conférence de presse annuelle de Bosch Energy and Building Technology. La quasi-totalité des appareils qui sont vendus aujourd’hui, sont déjà connectables : l’internet des Objets est devenu une réalité. Chez Bosch, on pense toutefois déjà plus loin. Il ne suffit pas de relier des appareils distincts, afin de les commander et de pouvoir communiquer. Bosch désire les équiper d’une intelligence artificielle, de façon à ce que les taches de routine puissent être remplies et à en faire une sorte d’assistant intelligent de l’utilisateur.

L’Internet des Objets n’est plus une vision du futur, mais bien une réalité quotidienne. En 2017, le groupe Bosch a acheté 38 millions d’appareils connectables, dont 13 millions dans la division Energy and Building Technology. La technique du bâtiment est le domaine d’application par excellence des solutions intelligentes, d’après Stefan Hartung, responsable chez Bosch d’Energy and Building Technology. De tels systèmes offrent une plus-value évidente, en augmentant l’efficacité et la sécurité, et en réduisant les coûts énergétiques. Il envisage donc une belle croissance pour le secteur, et il estime que Bosch devrait atteindre un CA de 5,5 milliards d’euros en 2018. Soit une croissance de 2%, et même de 6% si on tient compte des effets du taux de change. Dans ce domaine, la croissance de Bosch est supérieure à celle du marché.

Bien plus qu’une simple connexion

Il ne suffit plus de connecter des appareils à internet. Bientôt, la quasi-totalité des appareils techniques seront connectables. Il convient donc de profiter pleinement des possibilités supplémentaires de cette intelligence. La première condition est que l’offre corresponde aux désirs de l’utilisateur. C’est dans cette optique que Bosch développe une approche ‘produit’ résolument axée sur la clientèle ; on observe effectivement avec précision la manière dont le consommateur utilise réellement les appareils, et on essaie, en fonction de cela, de déterminer les fonctions dont il souhaite bénéficier. Cette manière de procéder diffère quelque peu de l’idée que les techniciens avaient au départ lors de la conception. Bosch perçoit également la conception du produit comme un processus itératif : des prototypes sont rapidement réalisés, puis ensuite testés afin de fournir des données pour la génération suivante de prototypes, jusqu’à obtention d’une solution qui réponde précisément aux besoins du marché.

L’étape suivante consiste à équiper les appareils d’une intelligence, de manière à ce qu’ils puissent reprendre à leur compte une partie des tâches de routine. Stefan Hartung pense ici surtout au monitoring des processus et à la prévention des incidents susceptibles de causer des pannes. Dans un bâtiment moderne, des tas de systèmes tournent en arrière-plan, et personne n’y prête attention jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard. On pourrait ainsi par exemple envisager un monitoring des ascenseurs, qui puisse détecter de petits problèmes ou de l’usure anormale, et ensuite prévenir le service d’entretien. On gagnerait ainsi du temps et on éviterait que les gens ne restent bloqués dans l’ascenseur. On compte pour ce faire sur des systèmes autonomes, qui analysent les habitudes et les besoins de l’utilisateur et commandent l’installation en fonction de cela.

Cette intelligence ne s’arrête pas par ailleurs aux seules applications HVAC. Dans un futur proche, on ne commandera pas le chauffage, la ventilation ou encore l’éclairage de façon séparée ; on pourra alors déterminer différents scénarios englobant toute la technique du bâtiment. Les utilisateurs devront uniquement indiquer le scénario désiré, et l’intelligence embarquée fera le reste.

Investir dans l’IA

Bosch investit à cet effet fortement dans l’intelligence artificielle : 300 millions d’euros seront ainsi consacrés à l’agrandissement du Bosch Center for Artificial Intelligence (BCAI). Celui-ci compte actuellement 170 collaborateurs, un chiffre qui pourrait grimper à 400. De nombreux projets sont exécutés en collaboration avec des universités (Tübingen, Stuttgart, Amsterdam…).

Un autre objectif consiste à améliorer la communication entre les appareils. Divers fournisseurs travaillent aujourd’hui sur leur propre île. Il est toutefois nécessaire de faire en sorte que les appareils de différents fabricants, et même de différents secteurs, puissent communiquer entre eux. Bosch travaille à ce titre à une plateforme ouverte.

Des caméras intelligentes

Un exemple de système intelligent est la détection incendie à l’aide de caméras. Ceci est essentiellement destiné à des environnements industriels, dans lesquels de traditionnels détecteurs de fumée ne suffisent pas. Dans un hall d’usine assez haut, la fumée peut en effet mettre un certain temps avant d’atteindre le détecteur et que l’alarme ne soit donnée. Et dans cet intervalle de temps, les produits ou machines peuvent subir des dégâts irréparables. Idéalement, l’alarme doit être donnée dès que les premiers signes sont visibles.

Bosch a dans ce but développé un système spécial de détection d’incendie sur base d’images de caméra, qui est capable de détecter de manière fiable un début d’incendie, quelle que soit la situation. Il s’agit d’une réelle révolution dans le domaine de l’utilisation des caméras. « En matière de caméra, nous pensons toujours qu’une image est transmise, avant d’être observée et analysée par un autre opérateur », ajoute Stefan Hartung. « Les caméras intelligentes numériques, elles, analysent la situation, par ex. le nombre de personnes et la répartition de celles-ci dans un local, et transmettent ensuite les données pertinentes, sans qu’une personne ne doive visionner les images. Dans le futur, il y aura de plus en plus de caméras qui ne transmettront plus du tout d’images, mais fourniront uniquement de l’information sur ce qu’il y à voir. »

Afin de simplifier la communication entre les différents appareils, Bosch a aussi élaboré le projet SAST (Security and Safety Things). SAST est une filiale distincte qui a pour but de développer une plateforme IoT ouverte pour applications relatives à des caméras de surveillance. Cela permettrait de faire fonctionner des appareils de divers fabricants comme un seul et unique système. Il est également possible d’introduire de nouvelles fonctions, sans avoir besoin de mise à jour pour chaque partie distincte. Un tel système opérationnel ouvert pour caméra est non seulement pratique pour l’utilisateur, mais il crée aussi un marché plus large pour les appareils.

Du changement à la barre

Pour Stefan Hartung, cette conférence fut également la dernière dans cette fonction. Sa place à la tête d’Energy and Building Technology est reprise depuis le 1er janvier 2019 par Dr. Christian Fischer. Ce dernier était auparavant un associé principal au sein du groupe de consultance Roland Berger. Nul doute qu’il mènera à bien la transition vers une économie numérique.

Par Alex Baumans

Photos: Bosch

www.boschsecurity.com