ACA  
New Security Magazine 147 – août 2018

Les statistiques confirment la valeur ajoutée de la centrale d’alarme

L’ACA, la fédération des centrales d’alarme agréées, suit depuis plusieurs années les chiffres clés communs des activités de ses onze membres. En plus de fournir un outil utile pour le fonctionnement interne, ces chiffres servent également à déterminer la politique future. Top Security a pu les consulter et s’est adressé à Gaëtan Lejeune, secrétaire adjoint de l’organisation, pour un commentaire.

Top Security : Pouvez-vous expliquer comment et pourquoi vous tenez des statistiques ?

Gaëtan Lejeune : « Au sein du groupe de travail Statistiques, nous avons mis en avant un certain nombre d’éléments que nous voulons mesurer. Ces éléments sont traités dans un questionnaire qui est envoyé à tous les membres. Pour préserver l’anonymat, ceux-ci transmettent leurs réponses à un huissier qui traite les chiffres. Nous aurons donc des données pour l’ensemble du secteur et non pour les membres individuels. »

La fonction de filtrage apparaît comme une importante priorité.

Top Security : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres clés sur les centrales qui adhèrent à l’ACA ?

Gaëtan Lejeune : « Fin 2017, les membres d’ACA surveillaient un total de 275 000 connexions, soit une augmentation de 4% par rapport à 2016. Cette croissance est en ligne avec celle des dernières années. Les connexions peuvent être subdivisées en trois catégories. Le groupe le plus important – environ 89% – représente la surveillance des bâtiments. La surveillance purement technique, comme les pompes à eau, ne correspond qu’à 1% du nombre de connexions. Les 10 % restants sont des systèmes de localisation de véhicules. Il est à noter que le marché privé regroupe toujours la plus grande part du marché (60%), malgré l’orientation générale selon laquelle ce marché est considéré comme difficile. »

Top Security : Malgré la croissance, le grand bond en avant d’il y a quelques années est-il derrière nous ?

Gaëtan Lejeune : « C’est exact, pour deux raisons principales. Tout d’abord, la disparition de l’avantage fiscal au niveau de l’IPP accordé aux particuliers sur le raccordement à une centrale d’alarme. Ensuite, la montée en puissance de toutes sortes d’applications, qui envoient directement des alarmes sur les smartphones. Mais cette solution n’est pas sans danger, car les particuliers qui utilisent une application sont eux aussi censés commencer par vérifier leurs alarmes. Trop souvent, ils les transmettent sans filtre à la police, qui présente de plus en plus souvent la facture des interventions inutiles à l’utilisateur de l’application. Cette fonction de filtrage est notre valeur ajoutée absolue. Nos chiffres montrent que nous avons reçu 2 800 000 alarmes antivol en 2017, dont 1,7% ont été effectivement transmises aux forces de police. Le reste provenait de mauvaises manipulations ou d’erreurs techniques, que nous avons filtrées. Malheureusement, la police ne nous fournit aucune rétroaction au sujet des alarmes que nous leur transmettons. Il serait intéressant pour nous de savoir combien de ces alarmes étaient réellement des cambriolages ou des tentatives de cambriolage. »

Alarme anti-incendie

Top Security : Les chiffres sont-ils les mêmes pour la détection d’incendie ?

Gaëtan Lejeune : « L’an dernier, nous avons traité 175 000 alarmes incendie. 3400 ont été transmises aux pompiers, ce qui correspond effectivement au pourcentage (un peu plus de 98%) des alarmes que nous avons filtrées. Ce secteur recèle encore beaucoup de potentiel. De nombreuses régions exigent maintenant l’installation de détecteurs de fumée, mais il n’est pas obligatoire de les raccorder à une salle de contrôle. À notre avis, il s’agit d’une opportunité manquée. »

Importance des opérateurs

Top Security : Les 11 membres de l’ACA représentent plus de 95% des connexions dans les salles de contrôle. Avec combien d’opérateurs doivent-ils travailler ?

Gaëtan Lejeune : « Ils sont 270 en tout. C’est un chiffre modeste par rapport à l’ensemble du secteur de la sécurité privée, mais ils jouent un rôle pivot essentiel entre les installateurs et les entreprises de sécurité. Nous constatons une importante rotation. Il y a 50 nouveaux opérateurs, mais le nombre total n’a pas augmenté. Leur rôle a également évolué ces dernières années. La pression est plus forte parce que le secteur est en croissance. Le nombre d’alarmes augmente, le client final est plus exigeant, et l’Internet des objets favorise la montée en puissance de ces applications. Les opérateurs doivent donc être à la fois résolus et orientés client, ce qui n’est pas une combinaison évidente. En outre, les opérateurs sont soumis à des exigences strictes, non seulement de par le screening rigoureux des autorités, mais aussi pour atteindre les chiffres stipulés par les SLA, qui nous imposent des normes minimales pour traiter certaines alarmes dans un délai maximum. Par exemple, 80% des alarmes liées aux intrusions et aux sabotages doivent être traitées en trois minutes, et 98,5 % en quatre minutes. Dans le cas des alarmes personnelles, les normes de 80% et 98,5% doivent être respectivement traitées dans les 30 et 60 secondes. Atteindre 80% ne pose aucun problème, mais 98,5%, c’est beaucoup plus difficile. Mais la qualité du travail de nos opérateurs est très satisfaisante. L’an dernier, 1200 plaintes ont été reçues sur un total de plus de 4 millions d’alarmes. C’est une goutte d’eau dans l’océan, et c’est pourquoi nos opérateurs sont plus qu’indispensables. »

Les techniques évoluent

Top Security : Vous évoquiez tout à l’heure la montée en puissance des applications. Y a-t-il encore des développements techniques qui ont un impact sur le fonctionnement des salles de contrôle ?

Gaëtan Lejeune : « Ces dernières années, on assiste à une augmentation significative du nombre de systèmes vidéo connectés. Ils sont en grande majorité utilisés comme outil de vérification après une alarme, mais on constate que les systèmes de caméras intelligentes qui génèrent eux-mêmes les alarmes sont également en forte croissance. L’utilisation de détecteurs à photodétecteur intégré offre également de meilleures possibilités de filtrage. Le défi consiste aussi à traiter correctement les différences de qualité entre les fournisseurs. Il n’existe pas de protocole standardisé pour la transmission d’images vidéo, contrairement aux systèmes d’alarme. »

« De plus, le passage de la transmission analogique à la transmission IP est aussi une évolution technologique majeure qui se poursuit. Nous constatons que fin 2017, les systèmes IP connectés représentaient déjà 41 % du total, que ce soit via un réseau LAN filaire ou des connexions GPRS sans fil. »

Par Sammy Soetaert

www.aca-monitoring.be

Qui est Gaëtan Lejeune?

Rien ne prédisposait Gaëtan Lejeune à jouer un rôle dans le secteur de la sécurité lorsqu’il a obtenu son diplôme de laborantin en chimie. Après avoir occupé un premier emploi dans le secteur chimique et fait son service militaire, il a travaillé comme opérateur dans la salle de contrôle d’Oktopus, avec l’intention d’y rester pour une durée maximale de six mois. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, il travaille toujours chez Oktopus. « Je suis passé du statut d’opérateur à celui de responsable de la salle de contrôle, puis de directeur des ventes pour la Flandre. Aujourd’hui, je suis le directeur général des ventes pour la Belgique. On peut donc dire que j’ai fait à peu près tous les métiers et que j’ai grandi avec Oktopus, parce que je suis là depuis le tout début, en 1992 », sourit Gaëtan Lejeune. Le cœur de métier d’Oktopus consiste à offrir des solutions de télésurveillance pour les bâtiments et les véhicules. La société fait partie de Johnson Controls depuis 2016. L’engagement de Gaëtan Lejeune à l’ACA se poursuit depuis 2008. « Depuis quelques mois, j’occupe le poste de secrétaire adjoint. Il est très intéressant d’avoir un échange de vues avec les autres acteurs de notre secteur pour voir ce que nous pouvons améliorer. Depuis quelques années, je suis également responsable du groupe de travail sur les statistiques. »