PROJET
New Security Magazine 142 – avril 2017
Zone de police MeWi : un modèle pour la fonction de police tournée vers la technologie
Lors du dernier ALIA Security Day, Daniël Dumoulin, Commissaire et responsable de la vidéosurveillance de la police locale Malines-Willebroek (MeWi) a dévoilé la vision urbaine de la fonction de police tournée vers la technologie. Il retrace pour TOP Security l’historique et la mise en place de la vidéosurveillance et de l’ANPR dans la zone de police, avec une primeur à la clé : les émetteurs anti-vols de vélos.
L’architecture sur laquelle est basé le réseau de caméras de surveillance de la zone de police MeWi est triple. Tout d’abord, le réseau malinois en fibre de verre, qui comporte plusieurs noeuds répartis sur l’ensemble de la ville. Cette technologie s’étendra à la commune de Willebroek dès 2017, en tirant le meilleur parti possible des travaux d’utilité publique et de voirie. Deuxième pilier : la technologie sans fil à large bande, avec 4 antennes de secteur sur la Tour Sint-Rombouts (100 m). Dans les endroits où elle n’est pas disponible, on se rabattra sur les réseaux Telenet et Proximus existants pour créer une connexion VPN. Les images peuvent être visionnées en divers endroits du commissariat. Au besoin, des postes de commande temporaires peuvent être aménagés au niveau des noeuds communaux (par exemple à l’occasion du festival Maanrock). Outre le nouveau dispatching doté d’un mur vidéo fabriqué par Barco, les actions policières sont également soutenues par l’operators room et la commando room, qui disposent chacune d’un quadruple écran à technologie led. Les locaux de crise communaux ou provinciaux sont également équipés d’écrans commandés par la Sidebar de Barco.
Choisir les caméras en fonction des hotspots
La surveillance vidéo conventionnelle (utilisant des caméras PAL) sera maintenue dans une certaine mesure. Le nombre de caméras HD (entre 5 Mpix et 29 Mpix) continue à augmenter; à terme, elles remplaceront les anciens modèles PAL. « Pour pouvoir identifier l’auteur présumé d’un délit, il est très important de disposer d’images nettes de la personne en question. La résolution élevée permet un zoom numérique sans perte de qualité. Ce qui s’affiche doit être de la meilleure qualité possible », commente Daniël Dumoulin. « Les spécifications des caméras HD ont été choisies en fonction des points d’identification sur le terrain. Il s’agit des hotspots du centre-ville, du Musée de l’Holocauste, des parcs, etc. à Malines, et du centre de la commune à Willebroek. »
Le rôle crucial du CIL
« Les images ne peuvent être visionnées que dans des locaux et à des postes de travail bien spécifiques : soit en temps réel au dispatching ou dans l’Ops-room dans le cadre d’une action spécifique, soit a posteriori pour une enquête. Cette consultation a posteriori a lieu dans les locaux du CIL (carrefour d’information local). Elle est réservée aux collaborateurs expérimentés du CIL, ou aux verbalisants accompagnés par le CIL », poursuit Dumoulin. « La vidéosurveillance sert à soutenir l’activité générale de la police sur le territoire de la zone. Pour la vidéosurveillance classique, je pense par exemple à la détection et à l’identification par images HD d’auteurs de vols de vélos, de vols en magasin et de vols à la tire. Les caméras ANPR démontrent leur utilité pour tous les faits impliquant des véhicules, par exemple pour détecter des groupes d’auteurs itinérants, des véhicules volés... Mais elles peuvent également servir à contrôler la zone à trafic réduit du centre, les trajets, et les sas à camion. »
« Notre objectif, à terme, est que ce projet soit déployé et donne naissance à une base de données nationale grâce à laquelle chaque zone de police, ville ou commune pourra, avec les marchands de vélos locaux, assurer un suivi de ‘son’ fichier de vélos. »
Caméras et vie privée
La zone de police MeWi utilise deux types de caméras ANPR : des modèles mobiles embarqués dans une voiture, et des modèles fixes ou semi-mobiles montés sur un trépied, un mât ou un poteau d’éclairage. Pour utiliser les images enregistrées, il est possible de combiner plusieurs possibilités : contrôle des trajets (vitesse, passage de véhicules lourds...), contrôle des accès avec whitelist (véhicules autorisés, chargement et déchargement) et caméras de surveillance (images en direct, vidéo à la demande...). Au niveau du matériel, cela se traduit notamment – en ce qui concerne le territoire de la zone de police – par la présence de 76 caméras ANPR fixes aux limites de la commune et aux points de passage et de 13 autres dans la zone à trafic réduit. Enfin, deux caméras sont utilisées pour le contrôle des accès, et un nombre important d’autres caméras ANPR est prévu dans le cadre de la première phase du projet ‘contrôle des trajets’. La vidéosurveillance et l’ANPR sont appliqués de manière identique. « L’environnement informatique pour la vidéosurveillance n’est accessible que sur un petit nombre d’ordinateurs du dispatching, de la recherche, du CIL et de l’ILR », précise Dumoulin. (Ndlr : l’ILR est l’Intelligence Led Response Team de la zone MeWi). « N’oublions pas la protection fonctionnelle : le CIL n’est autorisé à exporter des images et des données que sur demande écrite. Chaque demande doit être dûment motivée, pour que le demandeur puisse démontrer son implication. »
Un cadre de référence adéquat
Pour que la fonction de police tournée vers la technologie soit une réussite, il faut un cadre de référence local adéquat. « Cette approche doit avoir l’aval des autorités locales et du conseil de police. Bien entendu, il faut aussi que les moyens financiers soient présents. Les possibilités dépendent de la taille de la zone de police. Notre corps compte 415 personnes. Les zones plus réduites ne disposent pas toujours des effectifs et de l’expertise technologique nécessaires. C’est pourquoi il est important de coopérer : partage de systèmes (ANPR), prise d’informations auprès des collègues et acquisition d’expertise, éventuellement auprès de partenaires externes. Il ne suffit pas d’investir dans des caméras dernier cri, encore faut-il être en mesure d’exploiter au mieux les images disponibles. »
Malines, pionnière des émetteurs anti-vol de vélos
Aujourd’hui, la zone de police MeWi poursuit aussi un projet de lutte contre le vol de vélos. Ce type de délit est en augmentation, et Malines ne fait pas exception à la règle. « Nous allons monter de petits émetteurs bluetooth (sans fonction GPS) invisibles dans certains vélos. Plus de 4.500 émetteurs ont déjà été demandés dans le cadre du projet. En début de projet, nous avons installé des récepteurs dans une soixantaine d’endroits répartis sur le territoire », explique Dumoulin. « Un vélo passant par un de ces points est automatiquement enregistré. C’est comparable à l’ANPR, à cela près que l’émetteur remplace la plaque minéralogique. L’ensemble des enregistrements et des mesures sont transmis à une base de données centrale, et toutes les ‘données personnelles’ à une base de données client. Le service communal compétent et le marchand de vélos n’ont accès qu’à cette dernière pour saisir les données administratives. Les services de police sont les seuls à pouvoir accéder aux enregistrements des passages des vélos.
Lien avec la vidéosurveillance
L’objectif du projet est double : d’une part dissuader les voleurs potentiels et éviter les passages à l’acte, de l’autre résoudre plus rapidement les vols qui ont été commis. « Notre objectif, à terme, est que ce projet soit déployé et donne naissance à une base de données nationale grâce à laquelle chaque zone de police, ville ou commune pourra, avec les marchands de vélos locaux, assurer un suivi de ‘son’ fichier de vélos. Bien entendu, toutes les données relatives aux vélos volés sont disponibles : déclaration du vol, trajet parcouru par le vélo, photo du vélo... Les images vidéo permettent d’identifier le conducteur du vélo, ou le véhicule à bord duquel il est transporté. Dès que le vélo passera près d’un récepteur, tant la zone de police où le vol a été signalé que celle où le vélo vient d’être enregistré seront automatiquement prévenues, ce qui permettra d’intervenir plus efficacement », conclut Dumoulin.
Par Philip Declercq
Photos : Zone de police MeWi



