REPORTAGE
New Security Magazine 160 – novembre 2021
Décourager l’intrusion sur les voies avec un grillage intelligent
A Courtrai, une zone sensible permettant d’accéder aux voies a été sécurisée avec un grillage intelligent. Des capteurs accéléromètres de RAS/AIS placés sur le grillage détectent les intrusions. Le centre de télésurveillance d’Infrabel est immédiatement averti en cas d’intrusion et peut prendre les mesures utiles comme prévenir le système de gestion du trafic ferroviaire et/ou appeler les services d’urgence.
Un point d’attention important
La lutte contre l’intrusion et la traversée des voies est un des fers de lance d’Infrabel pour garantir la sécurité sur le réseau ferroviaire. Les chiffres parles d’eux-mêmes : au cours de l’année record de 2017, il y a eu 818 notifications d’intrusion sur les voies. Au premier semestre de cette année, les intrusions ont entraîné 58.000 minutes de retard soit 5 heures de retard par jour. Mais les conséquences pour les personnes qui circulent illégalement sur les voies sont parfois dramatiques : 2 personnes sont décédées au premier semestre. Dans la période 2016-2020, 24 décès auraient pu être évités.
Zone sensible à Courtrai
Infrabel s’investit depuis plusieurs années dans la prévention avec des campagnes permanentes dans les médias et les gares ferroviaires. L’infrastructure est adaptée pour décourager la traversée des voies. Des tapis-obstacles ont été installés en certains points et les grillages intelligents placés autour des zones sensibles complètent aujourd’hui l’infrastructure de prévention. David Van de Sype (directeur Infrabel Flandre orientale et occidentale) : « Une analyse approfondie des intrusions sur les voies a montré qu’il y a 5 zones sensibles en Flandre occidentale. Trois se situent dans une gare, c’est le cas à Bruges, Courtrai et Ostende, et deux en périphérie. Il y a un emplacement à Oostkamp et un autre à Courtrai le long du Doenaertpad. Ce lieu est désormais protégé par un grillage intelligent. Les raisons sont évidentes. La liaison Gand-Mouscron est une ligne très fréquentée avec 71 trains de voyageurs par jour et de nombreux trains de marchandises. La densité de population y est élevée car il s’agit d’une zone urbaine. De plus, il y a des écoles et des entreprises de part et d’autre des voies et il faut faire un petit détour pour accéder au passage souterrain sécurisé. Pour certaines personnes, cela semble trop loin. Ce cocktail dangereux se reflète dans les chiffres. Outre la traversée des voies, d’autres motifs nous ont poussés à clôturer la zone à l’aide d’un grillage intelligent. Ces 10 dernières années, 27 événements se sont produits à cet endroit, entraînant un risque de collision dû à des (tentatives de) suicides. Il y a eu aussi 30 cas d’intrusion pour des délits comme les graffitis et le vol de câble. Le grillage flexible a été détruit à maintes reprises. »
Une primeur à Courtrai
Le porte-parole Thomas Baeken nous en dit plus sur le placement du grillage intelligent : « Nous avions réalisé un test au préalable à Jambes, dans la province de Namur. Les résultats étaient impressionnants. Avant le placement d’un grillage, nous avions comptabilisé 120 cas d’intrusion par an. L’installation d’un grillage classique a permis de réduire les faits à 50, un chiffre qui est tombé à 5 avec le placement du grillage intelligent. Cela nous a convaincu de placer ce type de grillages à des points sensibles. Courtrai a la primeur en Flandre et un autre projet est en préparation à Bruxelles. »
Montage de l’installation
Wouter Carrette, product manager intrusion de RAS/AIS a été étroitement impliqué dans ce projet. Il nous détaille le fonctionnement du système : « Le grillage intelligent mesure 2,5 mètres de haut et s’étend sur une longueur de 500 mètres. La particularité de cette installation se situe dans la combinaison de capteurs, de caméras et d’une salle de contrôle. Les capteurs fonctionnent selon le principe de l’accélérométrie et surveillent le mouvement en trois dimensions (X-Y-Z). Ce principe est par exemple aussi utilisé dans les consoles de jeu de Nintendo Wii. Les 193 capteurs de notre fournisseur Sorhea – soit environ 1 capteur par panneau de grillage – sont interconnectés par un câble de capteur et commandés par 3 contrôleurs qui contrôlent chacun 100 mètres de câble de capteur à gauche et à droite, avec à chaque fois quelque 40 capteurs par côté. Les capteurs peuvent être affectés à 128 zones maximum pour, comme dans le cas présent, diriger les caméras dômes vers le mouvement détecté. Si une personne enjambe le grillage, les capteurs le détectent et transmettent l’information au contrôleur. Celui-ci dirige alors les caméras dômes vers l’endroit suspect. Les opérateurs du centre de télésurveillance disposent donc d’une information précise sur la nature de l’alarme. Ils peuvent informer le système de gestion des trains voire arrêter le trafic ferroviaire si nécessaire. »
Jusqu’à 3200 mètres de long
« Les capteurs sont protégés contre les coupures par des isolateurs qui ferment le court-circuit. Le dernier capteur avant le court-circuit détecte un défaut et communique via le contrôleur. »
« Le réglage des capteurs est très simple avec le contrôleur. Il faut d’abord sélectionner le bon capteur dans la rangée puis régler la sensibilité de chaque capteur à l’aide du potentiomètre. C’est un jeu d’enfant pour l’installateur. »
« En principe, nous pouvons gérer des distances plus importantes avec un module de liaison entre les deux contrôleurs. Seize de ces modules intermédiaires peuvent être placés en cascade pour sécuriser une longueur maximale de 3200 mètres. S’il s’agit d’un système non fermé, il faut alors prévoir un module aux extrémités. »
« Les contrôleurs fonctionnent de manière autonome car ils sont alimentés avec un panneau solaire et une batterie. Sans lumière du jour, ils peuvent fonctionner 4 semaines sur batterie avant d’émettre un signal technique. »
Premiers résultats positifs
Wouter Carrette: “Au cours de ces dernières semaines, le système a fait l’objet d’une phase d’évaluation et les alarmes n’avaient pas toutes un lien avec un danger d’intrusion sur les voies. Des alarmes ont été déclenchés par des enfants qui jouaient, par des cyclistes qui avaient posé leur vélo contre la clôture et par des actions d’entretien des espaces verts. En outre, des influences externes peuvent générer une alarme comme un vent fort ou les vibrations des trains qui passent. Un réglage était donc nécessaire et l’installation est aujourd’hui totalement dédiée à l’enjambement des grillages. »
« Ce système est fréquemment utilisé en France pour sécuriser par exemple le tracé du TGV et les sites sensibles à Calais. Il peut aussi être déployé dans le monde de l’entreprise pour protéger des bâtiments sensibles au cambriolage. »



