EVENT  
New Security Magazine 143 – juillet 2017

Un demi-siècle de prévention incendie

C’est après l’incendie qui a ravagé l’Innovation à Bruxelles le 22 mai 1967, coûtant la vie à 251 personnes, que l’asbl ANPI a vu le jour à l’initiative de la Fédération professionnelle des assurances (Assuralia). ANPI est l’acronyme d’« Association Nationale pour la Protection de l’Incendie et le Vol ». Un demi-siècle plus, tard, ANPI est devenue la référence qui réunit tous les acteurs de la prévention incendie dans notre pays : Assuralia, mais aussi le SPF Intérieur, AFT Détection, Agoria et l’ORI. Le 22 mai 2017 a été une journée de commémoration et de perspectives d’avenir.

Après que l’historien Siegfried Evens ait évoqué l’incendie de l’Innovation, le directeur général d’ANPI, Alain Verhoyen, a parlé de l’attitude du Belge vis-à-vis des risques d’incendie. Il a présenté les résultats de la dernière étude portant sur deux ans et s’est rallié au message lancé récemment par Agoria en matière de protection incendie. Celui-ci met en avant le fait qu’une entreprise sur deux spécialisée en sécurité incendie estime que dans notre pays, les bâtiments sont loin d’être suffisamment protégés contre l’incendie. En règle générale, les bâtiments récents ne posent guère problème, mais ceux qui sont plus anciens ne sont pas suffisamment contrôlés. De nombreux gestionnaires d’immeubles présupposent – à tort – qu’il suffit d’installer des sprinklers et un système de détection de fumée pour garantir la sécurité incendie.

De 53 à 80.000 mots

Jan De Saedeleer, du SPF Intérieur, a passé en revue le cadre législatif actuel en matière de prévention des incendies après avoir retracé son évolution. Lorsque la catastrophe bruxelloise est survenue, la législation en la matière consistait en... un seul et unique article de 53 mots. Après l’incendie, cet article a été réécrit, d’un point de vue ciblé mais surtout plus restrictif. L’AR du 7 juillet 1994 et ses annexes définissent principalement les prescriptions en matière d’incendie pour, notamment, les bâtiments industriels et les immeubles de bureau. Pour autant, on constate que c’est souvent dans les maisons et immeubles d’appartements que les incendies font le plus de victimes. En 2017, cet AR (qui a déjà été modifié à... 9 reprises) compte plus de 80.000 mots. Bernard Desmet (Assuralia) a parlé de l’organisation de l’assurance incendie dans notre pays, et de ce qu’elle couvre au juste. Benoit Stockbroeckx d’ANPI a ensuite pris la parole pour expliquer les divers niveaux de normalisation.

Détection incendie

La première norme en matière de détection incendie, NBN S21-100, qui a été publiée en 1986, se limitait principalement aux détecteurs de température, de fumée et de flamme. Dans la pratique, ils étaient principalement destinés aux environnements de bureau. « La détection incendie précise a apporté un plus. Mais l’inconvénient de ces systèmes, c’est qu’ils lançaient souvent de fausses alertes dans d’autres environnements suite à la présence d’humidité, de vent, de poussière etc. » précise Marnix Steenbeke, président d’Agoria Fire Technologies (AFT) Détection. « En 2017, les détecteurs ont énormément évolué sur le plan technologique. » Ils sont adressables, et munis d’une compensation de dérive pour garder une sensibilité constante. La présence d’isolateurs de courts-circuits permettent de réduire l’impact des coupures de câble et des courts-circuits sur l’ensemble de l’installation. On peut également vérifier leur encrassement à distance. Aujourd’hui, on trouve aussi sur le marché des détecteurs multicritères qui peuvent mesurer fumée, température, CO etc. Ils peuvent être raccordés à l’aide de réseaux peer-to-peer redondants, ce qui permet d’équiper et de gérer un nombre important de détecteurs. »

Les systèmes d’échantillonnage d’air sont apparus dans le commerce au moment où les systèmes d’extinction au gaz ont été interdits. « Ils offrent l’avantage de permettre la détection très rapide d’un incendie, et de retarder ainsi la nécessité d’une intervention manuelle. Ces systèmes sont disponibles en classe A, B et C, dans toutes les tailles, tous les poids et toutes les dimensions. Autre solution contemporaine : les détecteurs de température linéaires, du modèle de base à la fibre optique, qui sont surtout utilisés dans les environnements sensibles à la corrosion, ou ceux pour lesquels un détecteur ponctuel conventionnel ne convient pas », poursuit Steenbeke.

Détection sans fil et détection par caméra

Un groupe de travail planche actuellement sur une autre piste : celle de la détection sans fil. « Cette formule ne constitue pas une solution miracle. Travailler sans fil implique notamment une fréquence radio, des longueurs d’onde et des bandes passantes; or, il n’est pas possible de transmettre des signaux à une distance illimitée à travers des murs et autres obstacles. La détection sans fil n’est donc efficace que dans les environnements excluant les câblages classiques, par exemple les bâtiments présentant une valeur historique. Enfin, la détection par caméra constitue peut-être l’avenir de la détection incendie. Elle permet d’obtenir une image parfaite des particules de fumée présentes dans un grand local », poursuit Steenbeke. La conclusion du président d’AFT Détection est triple. « Un bon installateur de systèmes d’alarme est certifié, possède les connaissances requises, et sait résoudre les problèmes en utilisant le bon produit au bon endroit. Aujourd’hui, la détection incendie ne se limite pas à la technologie; c’est aussi une question d’analyse du risque et de procédures opérationnelles. » Il a également lancé un appel au monde des assurances pour qu’il offre, d’une manière ou d’une autre, un soutien financier aux entreprises qui installent des systèmes de détection incendie dans leurs locaux.

Perfectionner les composants et les systèmes

François Asselman du Belgian Fire Sprinkler Network et administrateur d’ANPI a parlé de nouveaux développements spécifiques en matière d’installations d’extinction automatiques. « Il y a tout d’abord le perfectionnement des composants et des systèmes. Pensons par exemple à la différenciation en fonction des risques et des charges calorifiques à protéger, du temps de réaction pour un sprinkler (68°) qui se chiffre à présent à 7 secondes (32 auparavant), et aux sprinklers de nouvelle génération qui sont notamment dotés de systèmes intelligents, et combinent principes de détection et déclenchement intelligent. Ces nouveaux développements touchent aussi la conception et la réalisation, la préfabrication des canalisations en usine et l’utilisation des fixations au montage. »

« Un système d’évacuation des fumées et de la chaleur peut contribuer à améliorer et à garantir le niveau de sécurité incendie global, en mettant l’accent sur une évacuation et un soutien sûrs durant l’intervention des pompiers», ajoute Robby De Roeck (Fire Safety Engineer chez Brakel Aero sa et administrateur de l’asbl FiroProNet).

Par Philip Declercq

www.anpi.be

« Aujourd’hui, la détection incendie ne se limite pas à la technologie; c’est aussi une question d’analyse du risque et de procédures opérationnelles. »

Marnix Steenbeke, président d’Agoria Fire Technologies (AFT) Detection