REPORTAGE
New Security Magazine 143 – juillet 2017
Attention, les voisins regardent (peut-être)
Éviter les effractions numériques
Les hackers et les cybercryminels sont de plus en plus audacieux et ingénieux, et même capter des flux vidéos ne les effraie plus. En quoi est-ce pour eux un « marché » lucratif et que faire pour vous protéger ?
On dirait le scénario d’un mauvais film de science-fiction, mais c’est pourtant la triste réalité : des hackers qui parviennent à se procurer les images de caméras de sécurité et peuvent, bien assis devant leur écran, observer tranquillement tout ce qu’elles captent. Sans oublier que ces caméras sont susceptibles d’offrir un point d’entrée à partir duquel les cybercriminels pourront plonger au cœur des réseaux informatiques des entreprises et organisations. Fin 2016, le célèbre service secret britannique, le MI6, n’a pas mâché ses mots en qualifiant ce problème de « menace pour la sécurité nationale » après que l’on ait appris qu’un des plus grands fournisseurs de matériel de vidéosurveillance au Royaume Uni est un Chinois lié aux plus hauts cercles du gouvernement. Les caméras sont installées notamment dans les aéroports, les bâtiments publics et le métro londonien.
Chez les particuliers aussi, on a relevé de nombreux cas où détourner la caméra de surveillance pour observer la chambre du bébé – ou celle des parents – avait été un véritable jeu d’enfant. Souvent, il ne s’agit pas que d’observer : les caméras peuvent aussi être commandées à distance... ou éteintes. Le site russe Insecam.org rassemble des centaines de ces flux vidéo provenant de caméras non sécurisées, offerts aux yeux du monde entier. On peut y voir des gens innocents poursuivant leurs activités dans des maisons, des magasins et des restaurants sans se douter le moins du monde qu’Internet tout entier pourrait les épier.
Coercition et chantage
Il est incontestable que les flux vidéos des caméras de sécurité constituent un objectif très alléchant pour les cybercriminels. Les images permettent non seulement de surveiller les victimes, d’étudier leurs habitudes et leurs schémas de vie, mais on peut aussi les utiliser à des fins de coercition et de chantage, éteindre les caméras par pure malveillance, espionner des sites de production... Dès lors, les scénarios lucratifs ne manquent pas.
Se protéger : points d’attention et conseils
Pour vous prémunir correctement contre de telles pratiques, il est important de donner à vos caméras IP l’importance qu’elles méritent dans la politique de sécurité IT que votre entreprise a (espérons-le) mise en place. Tout comme pour les autres éléments, clients et serveurs, les caméras font partie du réseau de l’entreprise et c’est à ce titre qu’elles doivent être protégées. La plupart des effractions numériques ne peuvent avoir lieu que suite à une défaillance humaine, une négligence, une mauvaise configuration ou un contenu inadéquat. La protection commence donc avec le choix d’un fabricant fiable, d’un installateur compétent, et les connaissances des travailleurs qui vont utiliser le matériel.
Par exemple, il est très important que le déploiement et l’installation soient sécurisés. Si certains services ne sont pas utilisés, comme par exemple la fonctionnalité ftp (file transfer protocol), il sera de loin préférable de les désactiver. Ils permettent en effet à un hacker potentiel d’injecter, assez facilement, un code et des scripts malveillants dans un réseau pour en prendre le contrôle. Il convient aussi de tenir compte d’éléments non techniques. Par exemple, en installant la caméra, il est non seulement important que le bon angle de vue apparaisse à l’écran, mais aussi que la caméra soit fixée suffisamment haut pour qu’on ne puisse pas l’endommager.
Il est également indispensable que tout l’appareillage du réseau, y compris les caméras, les serveurs, les imprimantes et les postes de travail soient équipés du dernier firmware en date. Très souvent, celui-ci intègre en effet des solutions remédiant aux failles de sécurité découvertes récemment. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle un plan et un cycle d’entretien sont si importants : ils constituent, pour une entreprise, la seule manière de savoir quels appareils n’ont pas encore été mis à jour.
Une fois la caméra déballée et pourvue du firmware le plus récent, n’oubliez pas de modifier immédiatement le mot de passe : les mots de passe standard de la plupart des fabricants sont très faciles à retrouver – parfois, une simple recherche sur Google suffit. Inutile de faciliter la tâche aux hackers potentiels. Dans le même ordre d’idées, évitez les mots de passe trop faciles à deviner. Votre date de naissance, le nom de votre chien, ou pire encore, ‘123456’ ou ‘motdepasse’... sont donc radicalement exclus. Veillez aussi à changer régulièrement les mots de passe.
Bien entendu, la résistance du réseau est celle de son maillon le plus faible. Aussi, veillez à l’installation et au bon fonctionnement de pare-feu, et utilisez toujours des connexions sécurisées (http digest authentication et HTTPS). Vous aurez ainsi la certitude que toutes les informations passant par le réseau sont verrouillées.
Enfin, il est également conseillé d’identifier clairement des responsables et des ‘propriétaires’ au niveau de vos collaborateurs. Dans de nombreuses organisations, la cybersécurité est mise en échec suite à une politique de droits d’accès peu cohérente. Efforcez-vous toujours de respecter le principe des « comptes les moins privilégiés », ce qui signifie que les travailleurs n’ont accès qu’à l’infrastructure strictement nécessaire pour leur travail. En ce qui concerne spécifiquement l’utilisation de caméras IP, il est recommandé de ne laisser aucun appareil accéder directement aux caméras, sauf si c’est indispensable. Mieux vaut utiliser une station intermédiaire comme un système de gestion vidéo ou un proxy média.
Par Edwin Roobol, regional director Middle Europe chez Axis Communications
La plupart des effractions numériques ne peuvent avoir lieu que suite à une défaillance humaine, une négligence, une mauvaise configuration ou un contenu inadéquat.

