CYBERSECURITY
New Security Magazine 155 – juillet 2020
Un bouclier de caméras bien pensé met fin à la criminalité à Hasselt
Pour les services de police, la lutte contre la criminalité et les nuisances est un travail quotidien. Il est aujourd’hui facilité par les innovations technologiques intégrées dans les capteurs, les systèmes de caméra et l’intelligence associée. Mais la sécurité signifie plus que le placement de quelques caméras. Nous sommes allés à Hasselt, ville pionnière dans l’usage de caméras de surveillance.
Tout a commencé il y a environ cinq ans. Bart Reekmans, détective et responsable du réseau de caméras, nous explique : « Toutes les villes sont confrontées à de la criminalité et des nuisances typiques : le vol de vélos, les bandes de voleurs itinérantes, les vols dans des véhicules, les vols à la tire, les dépôts clandestins, les cambriolages dans les habitations, etc. Nous voulions agir. »
« Avec la cellule sécurité de la ville, nous avons cartographié les points sensibles sur base des chiffres de la criminalité. Ces points sont très divers : il y a la Dusartplein, un lieu de rassemblement bien connu qui génère des nuisances sonores et des bagarres. Dans les rues commerçantes, il s’agit plutôt de vols à la tire, de vols à l’étalage, de problèmes de stationnement et de circulation. A côté de cela, il y a les délits moins importants comme les graffitis et les dépôts clandestins que nous avons systématiquement inclus dans l’analyse. »
« Pour tous ces points, nous avons cherché à savoir si une caméra pouvait représenter une plus-value. Nous avons aussi tenu compte des caméras ANPR placées aux axes routiers pour diviser la ville en zones. »
« Il fallait ensuite traiter le problème de connectivité car tous les sites ne sont pas toujours équipés pour accueillir des caméras. Lors de cette seconde phase, nous avons discuté avec Infrax – aujourd’hui Fluvius – pour savoir comment leur réseau de fibre optique était déployé. Sur base de ces deux faisceaux d’information, nous avons pu déterminer le point le plus optimal pour chaque caméra. »
Visualiser l’auteur du délit
« Bien entendu, nos caméras ne couvrent pas le territoire à 100%, l’objectif n’est pas de créer un système Big Brother, mais nous disposons de toutes les options pour tracer l’auteur d’un délit. Pour chaque délit commis dans la petite ceinture de Hasselt, nous avons en théorie une image de l’auteur car nous avons 18 mâts avec à chaque fois 4 lentilles sur toutes les voies d’accès. Une telle couverture s’avère fructueuse dans la pratique. Dernièrement, nous avons eu un entrepreneur qui s’est fait voler sa camionnette chez lui. Avec les caméras ANPR, nous avons pu découvrir que le véhicule avait quitté la ville peu après minuit et se dirigeait vers les Pays-Bas. Nous avons alors analysé les images disponibles dans le voisinage de l’entrepreneur juste avant cette période. Nous avons pu voir une personne qui se dirigeait vers le véhicule. En reconstituant le trajet de cette personne, nous avons découvert qu’elle avait été déposée par une voiture immatriculée aux Pays-Bas. Cette voiture a aussi été visualisée lorsque la camionnette a été captée par la caméra ANPR. Retrouver les coupables fut un jeu d’enfant. Je pourrais vous raconter des centaines d’histoires similaires. »
Ville ? Statique
« L’espace public est en mouvement constant. Il y a par exemple la construction d’un tout nouveau quartier – le Quartier Bleu – qui prévoit 400 logements, des établissements horeca et les services correspondants. Dès le départ, nous avons été impliqués dans le projet pour pouvoir prendre les mesures utiles pour placer des caméras plus tard. Nous utilisons aussi de plus en plus de connexions sécurisées sans fil. »
« Mais soyons clairs, la sécurité signifie plus que le placement de quelques caméras. Nous travaillons avec 3 types : les caméras fixes pour les points noirs, des caméras événementielles que nous installons lors d’événements dans la ville comme le festival Pukkelpop, le carnaval et la Fête du Genièvre, et des caméras temporaires que nous installons là où des nuisances apparaissent, comme des dépôts clandestins. »
Un déplacement de la criminalité?
Cette approche ne risque-t-elle pas de déplacer la criminalité vers d’autres endroits ? Bart Reekmans: « Pour les services de police, l’exécution de la peine ne suffit parfois pas. Voilà pourquoi nous fournissons aussi des clarifications avec le système de caméras, en tant que moyen de dissuasion. Un criminel qui sait que nous sommes très actifs avec une surveillance par caméras réfléchit à deux fois avant de commettre un délit. Il y a toujours un effet dissuasif. Certes, il faut éviter que le problème ne se déplace. Tenir un doigt sur le pouls est une bonne chose, et il faut pouvoir anticiper si nécessaire. »
Digital & Camera Unit
« Pour gérer l’usage des caméras, nous avons créé la Digital & Camera Unit qui dispose d’une salle de contrôle avec un grand mur vidéo qui affiche toutes les images. C’est de là que partent les premières enquêtes urgentes et le pilotage en temps réel des équipes d’intervention. Il y a aussi une salle de 100 m² équipée de toutes les facilités pour analyser les images. Ces équipements périphériques rendent le système de caméras encore plus performant. Nous avons aussi un aperçu des résultats qui sont très bons. Quiconque enquête sur un délit chez nous peut faire appel aux images des caméras mais toutes les actions pour lesquelles les images sont demandées sont enregistrées et archivées. De plus, le résultat de l’usage des caméras est toujours mentionné: un délit résolu, des images trop sombres, l’auteur de l’infraction n’est pas sur l’image, l’auteur est sur l’image mais pas reconnaissable… C’est une évaluation permanente. Le système est entièrement dédoublé : les enquêteurs peuvent faire ce que fait la salle de contrôle, et vice versa. »
Le succès pas toujours au rendez-vous
Hasselt peut à juste titre se qualifier de précurseur dans l’utilisation d’images de caméras. Mais une telle distinction signifie aussi être souvent le premier à appliquer un nouveau concept. Et cela comporte parfois des risques.
Bart Reekmans confirme: « Un jour, nous avons testé un système avec des caméras sonores. En théorie, ces caméras peuvent détecter des cris, des appels à l’aide, des crissements de pneus et autres, et zoomer directement sur l’endroit en question. Nous avions été invités par le fournisseur pour une démonstration et le système fonctionnait parfaitement, mais ce n’était hélas pas le cas dans notre contexte réel car il y a trop de bruit de fond, et ce bruit n’était pas présent lors de la démonstration. Nous avons donc abandonné cette piste. »
« Un système de reconnaissance faciale dans un stade de football n’est pas non plus optimal. La raison est similaire à celle des caméras sonores : dans un cadre délimité comme un aéroport où les personnes sont bien positionnées devant un tel système, cela fonctionne généralement très bien mais dans la pratique, il y a des obstacles qui faussent les résultats. Le système a très difficile à reconnaître les personnes portant des casquettes, des lunettes, des longs favoris et autres. »
L’avenir est aux bodycams et aux dronecams
Bart Reekmans: « Nous voulons que nos systèmes soient une plus-value pour la population et nos services de police. A cet égard, nous venons de lancer un projet pilote avec des caméras corporelles dans une équipe d’intervention et un service de quartier. « ‘Une image en dit plus que 1000 mots’ dit le dicton, et ici, il est certainement d’application. Je perçois 2 grands avantages : les interventions filmées sont une mine d’informations en sons et en images, ce qui permet de neutraliser rapidement toutes les discussions. Le second avantage est l’effet préventif. Quiconque sait qu’il est filmé se tient plus à carreau. »
« Nous travaillons aussi avec des drones. Nous utilisons nos appareils pour détecter les plantations de cannabis à l’aide de caméras thermiques, gérer des événements comme Pukkelpop et offrir un support lors de disparitions ou de tentatives d’évasion. »
« Un dernier projet en cours est la possibilité de coupler l’hélicoptère de police du gouvernement fédéral à notre salle de contrôle. Dès que l’hélicoptère survole notre zone, nos personnes sur le terrain pourraient disposer d’images en temps réel. Ce qui serait aussi une belle plus-value pour le travail des services de police. »
La plus-value pour les services de police est la résolution de dizaines de délits.



