PROJET
New Security Magazine 152 – novembre 2019
Opération Delta, entre flexibilité et datas
Le Delta, maison de la culture de Namur totalement repensée et rénovée, a ouvert ses portes en bord de Meuse. Un sacré défi ! Aussi en matière de sécurité. RAS et Casa Domotic ont résolu le casse-tête des systèmes de caméras, alarmes et accès imposé par ce lieu culturel d’un nouveau type.
Ce n’est pas tous les jours que se finalise un projet architectural à 25 millions d’euros. L’investissement a servi à métamorphoser l’ex-Maison de la Culture de la province de Namur en un nouveau siège redimensionné (de 4500 m2 à 6000 m2), modernisé et rebaptisé Le Delta. Mais aussi repensé dans sa philosophie de fonctionnement pour en faire « un tiers-lieu au confluent des cultures », explique son directeur-adjoint Philippe Horevoets . « C’est-à-dire une institution culturelle en accès libre et gratuit au public tous les jours de 10 à 18h. Tant son rez-de-chaussée que sa terrasse panoramique ou ses zones culturelles (certaines payantes lors de concerts et expos). Le public dispose de zones de détente, d’un foyer où se restaurer, de lieux où se font des prestations artistiques spontanées ou organisées. Ni pass, ni cartes, tout le monde y est bienvenu. Le Delta est conçu pour un maximum de mixité culturelle et sociale. »
Pour tous
Belle idée que ce lieu de passage et de partage très ouvert à tous les types de publics… Mais aussi un casse-tête d’un nouveau type pour les concepteurs et pros de systèmes de sécurité. Les zones ouvertes au public sont dispersées sur plusieurs étages, à côté de zones réservées au personnel conditionnées, elles, à des accès différenciés. Quant au personnel d’accueil et de surveillance, pas de portier ou guichet. Le Delta a recruté des agents d’accueil au profil socio-culturel et spécialisés sur les différents types de public. Chaque agent médiateur circulera dans le bâtiment en binôme avec un agent de sécurité classique.
Pour le volet plus technologique de la sécurité, Le Delta et le consortium Cœur de Ville à la manœuvre pour réaliser le projet, s’en sont surtout remis au distributeur RAS associé à Casa Domotic, société d’intégration de systèmes de gestion centralisés. Ensemble, les deux entreprises ont tenu la gageure de déployer : 100 caméras (20 extérieures, 80 intérieures) et 5 enregistreurs Sefica ; un réseau autonome de fibre optique et un réseau IP dédicacé ; 1 centrale intrusion Prosys Plus de Risco, 50 détecteurs intrusion ; 10 sirènes extérieures et 10 intérieures ; 10 claviers ; un système dédicacé de transmission téléphonique et IP… Le coût du matériel et de l’installation de la solide infrastructure avoisine un bon 300.000 euros.
Aligner du matériel est une chose, le configurer de manière optimale en a été une autre vu la complexité des besoins. « Le Delta est une superbe référence pour nous mais notre travail d’implémentation et d’installation a pris le double du temps que celui prévu au départ », souligne Gaylord Carte, business developer de RAS. Car entre la théorie approximative des plans initiaux à la réalité pratique du bâtiment repensé en terme de fonctionnement et d’infrastructure, il a fallu s’adapter, en concertation avec la société IMTech, chargée de l’infrastructure électrique.
Objectif Flexibilité
Un leitmotiv s’est imposé pour concevoir l’ensemble des dispositifs : la flexibilité. « Côté caméras », explique Quentin Pierre, intégrateur de Casa Domotic, « le Delta voulait souplesse et adaptabilité justifiées par ses activités variées (expos, concerts et autres offres artistiques) Nous avons du pour cela organiser la modularité du parc des caméras pour pouvoir quand on le souhaite en décrocher quelques-unes et les reconnecter simplement ailleurs sans que cela n’handicape ou complique la sécurité. Les caméras intérieures sont de ce fait d’un seul type et des plugs supplémentaires ont été prévus partout dans le plafonnier. Une autre flexibilité, plus technologique, a été imposée par la nécessité de pouvoir (dé)zoomer et/ou régler précisément l’angle des caméras multifocales. Cela pour que chacune n’embrasse que le champ autorisé et voulu. En extérieur, un champ court pour ne pas capter les scènes de la rue ou ce qui se passe dans les maisons voisines du Delta. Ce qui justifie le choix de caméras performantes. »
L’exigence de flexibilité s’est aussi invitée dans les contrôles d’accès de la trentaine de membres du personnel aux différentes zones de travail. « A l’idée basique que tel profil d’employé peut rentrer dans telle zone, on a préféré celle d’accès sur mesure pour chaque employé selon les besoins spécifiques liés à son activité globale. Chaque badge est configuré avec des codes qui donnent à son utilisateur une variété d’accès précis. Alors que son collègue d’un même service, jouira d’autres codes. Exemple, le Delta dispose d’un espace muséal avec une réserve d’œuvres d’art parfois précieuses. Seuls quelques membres du personnel ont accès à cette zone. Etc. Pour chacun, les zones accessibles seront différenciées. La centrale ProSys Plus a aussi été choisie pour sa capacité à gérer en souplesse cette configuration personnalisée d’accès et de codes particuliers. »
Masse de datas et connexions
D’autres défis ont aussi surgi au niveau IT et maillage informatique. « J’ai été surpris par l’architecture réseaux à déployer autour des caméras de surveillance », relève l’intégrateur de Casa Domotic. « Il a fallu isoler le réseau « sécurité » du réseau informatique classique que l’on a du traversé en « creusant » des tunnels cryptés pour ne pas perturber leur système et éviter l’accès au nôtre. Vu la masse et les vitesses de transmission de datas, j‘ai aussi été étonné de voir jusqu’où nous avons dû aller pour rendre stable et viable le système tout en rencontrant tous les besoins de sécurité à la vitesse de la fibre optique. »
Résultat : un chantier costaud à haute difficulté due à la masse de connections en tous sens et la masse de données générées, surtout par la centaine de caméras. « Y a pas de secret. Beaucoup de caméras performantes, cela débouche sur un flux énorme de données pour lequel il a fallu créer et intégrer des autoroutes en fibre optique au sein de Delta. La fibre optique relie les caméras aux 5 enregistreurs. Deux fonctionnalités centrales aident la gestion des flux de caméras. Primo, celles-ci n’envoient que les images qui se modifient, pas les plans inchangés où il ne se passe rien. Cela réduit le flux. Quant aux images envoyées aux enregistreurs (conservée en mémoire maximum 3 semaines), une nouvelle norme de compression H265 permet de pouvoir en stocker beaucoup plus. Caméras et enregistreurs devaient permettre cette norme. »
Par Fernand Letist
Qui veille et comment ?
Les images de 100 caméras, cela doit composer un sacré mur d’écrans ! Stop ! Erreur. Personne au Delta ou ailleurs n’est assis non-stop dans une salle de contrôle devant une mosaïque d’écrans. Le visionnage ne se fait qu’a posteriori si un souci est signalé par un agent. Seules quelques personnes au sein de Delta – concierge, membres de la direction…- peuvent se connecter immédiatement à la caméra de la zone concernée pour voir ce qui se passe en temps réel et revenir en arrière sur les images enregistrées.
Pour gérer les alertes intrusion ou incendie, le Delta est relié au dispatching d’un centre de surveillance assurant 24h sur 24 la veille de sécurité. Avec obligation de réagir à 90% des appels dans les 30 secondes, 95 % dans la minute, 99 % dans les 3 minutes. L’alerte est redirigée vers les gsm des personnes de référence et au concierge. Une fois son système finalisé et rôdé, le Delta devrait confier tout le suivi sécurité – caméras, alarmes et surveillance intrusion – à une société spécialisée dont le dispatching gèrerait le suivi l’intervention et effectuerait les levées de doutes, avant d’éventuellement appeler la police.

